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Fabriquer une lunette astronomique : le guide pas à pas avec deux lentilles

Réplique d'une lunette ancienne attribuée à Galilée, un tube avec une lentille à chaque extrémité, comme celle que l'on peut fabriquer
Photo : Galileo telescope replica, Jim et Rhoda Morris, Wikimedia Commons, domaine public — https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Galileo_telescope_replica_(1).jpg

Fabriquer une lunette astronomique à monter soi-même est possible avec deux lentilles et un tube : une lentille à longue focale à l'avant (l'objectif) et une lentille à courte focale à l'arrière (l'oculaire). Le grossissement est le rapport des deux focales, et la longueur du tube est à peu près leur somme. Le résultat montre la Lune et les grosses lunes de Jupiter, mais ne remplace pas un instrument du commerce.

Pourquoi fabriquer sa lunette soi-même ?

Construire une lunette n'a pas pour but de faire des économies. Un instrument d'entrée de gamme du commerce offrira presque toujours une image plus nette que ce que vous obtiendrez avec des lentilles de récupération. L'intérêt est ailleurs : en assemblant vous-même les pièces, vous comprenez exactement comment une lunette forme une image, et ce que signifient la focale, le diamètre et le grossissement. C'est un projet apprécié des familles, des classes de physique et des clubs de jeunes, parce qu'il se règle en quelques heures et qu'il donne un résultat que l'on peut montrer au ciel dès la première nuit.

Si votre objectif est surtout de bien observer, la page comment choisir une lunette astronomique vous aidera à acheter un modèle correct. Si vous voulez d'abord saisir le principe, lisez la suite : tout part de la même idée, celle de Kepler.

Comment fonctionne une lunette, en deux lentilles ?

Une lunette astronomique associe deux lentilles convergentes, c'est-à-dire des lentilles plus épaisses au centre qu'au bord. La première, l'objectif, reçoit la lumière d'un objet lointain et forme une petite image dans son plan focal. La seconde, l'oculaire, joue le rôle d'une loupe : elle agrandit cette image avant qu'elle n'atteigne votre œil. Ce montage, décrit par Johannes Kepler au début du XVIIe siècle, donne une image renversée, ce qui n'a aucune importance pour regarder le ciel.

Un autre montage existe, celui de la lunette de Galilée, présentée en 1609 : l'objectif est convergent mais l'oculaire est une lentille divergente, plus épaisse au bord qu'au centre. L'image reste droite, mais le champ est très étroit et le grossissement limité. Pour un premier essai d'astronomie, le montage de Kepler est plus confortable. Pour comprendre le trajet des rayons, le schéma d'une lunette astronomique détaille le chemin de la lumière, et la page schéma optique d'une lunette afocale montre le cas où l'image finale est rejetée à l'infini.

De quoi avez-vous besoin pour la construire ?

PièceRôleCaractéristique à viser
Une lentille convergente faibleObjectifFocale longue, entre 50 cm et 1 m, diamètre de 40 à 60 mm
Une lentille convergente forteOculaireFocale courte, de 2,5 à 10 cm
Deux tubes qui coulissent l'un dans l'autreCorps et mise au pointCarton rigide, tube PVC ou tube de rangement
Peinture noire mateAbsorber la lumière parasite à l'intérieurIntérieur des tubes entièrement noirci
Un diaphragme en carton noirLimiter l'ouvertureDisque percé d'un trou de 25 à 35 mm
Un trépied d'appareil photoTenir l'instrument stableFixation par une collerette ou un support

Les lentilles se trouvent de plusieurs façons : verres de lunettes de lecture pour l'objectif, loupe ou lentille de kit d'optique pour l'oculaire, ou lentilles vendues à l'unité pour l'enseignement. Les kits d'optique pour l'école fournissent aussi des lentilles dont la focale est indiquée, ce qui évite de la mesurer.

Comment connaître la focale d'une lentille ?

La focale d'une lentille se mesure en mètres ou en centimètres. Une lentille de lunettes de lecture est souvent donnée en dioptries : la focale en mètres est égale à 1 divisé par le nombre de dioptries. Un verre de +1 dioptrie a donc une focale de 1 mètre, un verre de +2 dioptries une focale de 50 centimètres, et une loupe de +10 dioptries une focale de 10 centimètres.

Si la valeur n'est pas gravée, vous pouvez la mesurer en une minute. Placez la lentille en face d'une fenêtre éloignée, loin de tout objet proche, et présentez derrière elle une feuille de papier. Éloignez ou rapprochez la feuille jusqu'à ce que l'image de la fenêtre soit nette : la distance entre la lentille et la feuille est la focale. Notez-la au centimètre près, car le calcul qui suit en dépend.

Quel grossissement et quelle longueur de tube obtient-on ?

Deux formules suffisent. Le grossissement est égal à la focale de l'objectif divisée par la focale de l'oculaire. La longueur du tube est à peu près égale à la somme des deux focales. Voici trois combinaisons pour fixer les idées.

ObjectifOculaireGrossissementLongueur du tube
+1 dioptrie (100 cm)+10 dioptries (10 cm)× 10environ 110 cm
+1,5 dioptrie (environ 67 cm)+10 dioptries (10 cm)× 6,7environ 77 cm
+2 dioptries (50 cm)+10 dioptries (10 cm)× 5environ 60 cm

Pour un premier instrument, un grossissement de 8 à 15 est un bon objectif. Au-delà, l'image devient floue avec des lentilles ordinaires et le moindre tremblement de la main empêche de rien distinguer. Le grossissement maximal raisonnable est d'environ deux fois le diamètre de l'objectif en millimètres : avec un objectif de 50 mm, on ne dépassera pas environ 100 fois, et en pratique les lentilles de récupération n'y arrivent pas.

Comment assembler la lunette, étape par étape ?

  1. Préparer les tubes. Choisissez deux tubes dont l'un glisse à frottement doux dans l'autre. Le tube avant, le plus large, portera l'objectif ; le tube arrière portera l'oculaire.
  2. Noircir l'intérieur. Peignez l'intérieur des deux tubes en noir mat et laissez sécher. Un tube brillant reflète la lumière et fait baisser le contraste.
  3. Fixer l'objectif. Collez ou calez la lentille à l'extrémité du tube avant, en veillant à ce qu'elle soit bien perpendiculaire à l'axe. Placez devant, si vous le voulez, le diaphragme en carton.
  4. Fixer l'oculaire. Montez la lentille courte à l'extrémité du tube arrière, au centre exact du tube, avec un anneau de carton qui la maintient sans la serrer.
  5. Régler la longueur. Emboîtez les deux tubes et réglez leur recouvrement pour que la distance entre les lentilles soit proche de la somme des focales.
  6. Pointer et faire la mise au point. Visez d'abord un objet lointain en plein jour, un clocher ou un pylône, puis faites coulisser le tube arrière jusqu'à obtenir une image nette. Vous verrez l'image à l'envers : c'est normal.
  7. Fixer sur un trépied. Une lunette tenue à la main bouge trop. Un collier de serrage et un trépied de photo rendent l'observation possible.

Que peut-on réellement observer avec une lunette fabriquée ?

Avec un grossissement de 10, la Lune apparaît déjà nettement plus grande, et ses mers sombres ainsi que ses plus grands cratères se distinguent le long de la ligne qui sépare le jour de la nuit. Les quatre grosses lunes de Jupiter se voient comme de petits points alignés de part et d'autre de la planète, comme l'a décrit Galilée avec un instrument à peine plus performant. Les amas d'étoiles brillants, comme les Pléiades, prennent de l'ampleur.

Il faut en revanche rester lucide : les verres de lunettes ne sont pas conçus pour l'astronomie. Ils produisent des franges colorées autour des objets brillants, appelées chromatisme, et une image légèrement floue sur les bords. Placer un diaphragme devant l'objectif améliore la netteté, au prix d'un peu de luminosité. Pour aller plus loin que cette première approche, la page lunette astronomique : comment ça marche explique ce qui sépare un instrument amateur d'une bonne optique.

Quelles précautions de sécurité faut-il respecter ?

Une seule règle compte vraiment : ne dirigez jamais une lunette, fabriquée ou non, vers le Soleil. La lumière concentrée par la lentille peut provoquer des lésions graves et définitives de l'œil, et même brûler le tube. Observez uniquement la nuit ou, pour la Lune, au crépuscule. Le reste est sans danger : manipulez simplement les peintures dans un endroit aéré et fixez solidement le trépied pour éviter les chutes.

Quand vaut-il mieux acheter un instrument tout fait ?

Dès que vous souhaitez observer régulièrement, des lentilles bien calculées donnent des images beaucoup plus nettes qu'un montage artisanal, et un instrument du commerce se règle en quelques minutes. Si votre projet est destiné à un enfant ou à un adolescent, vous pouvez aussi commencer par un kit à monter, qui associe l'intérêt pédagogique de la fabrication et une optique mieux adaptée. Avant d'acheter, quelques repères avant d'acheter un instrument permettent de comparer les familles de modèles selon votre usage et votre budget.

Questions fréquentes

Peut-on fabriquer une lunette astronomique avec des lunettes de vue ?

Oui, à condition de choisir des verres convergents, ceux qui servent à corriger la presbytie ou l'hypermétropie. Un verre de faible puissance fera l'objectif, une loupe plus forte fera l'oculaire. Les verres pour la myopie sont divergents et ne conviennent pas pour l'objectif.

Quel grossissement peut-on espérer au maximum ?

Avec des lentilles de récupération, un grossissement de 10 à 20 donne une image acceptable. Au-delà, le flou augmente plus vite que le détail. Le grossissement utile théorique est d'environ deux fois le diamètre de l'objectif en millimètres.

Pourquoi l'image est-elle à l'envers ?

Parce que deux lentilles convergentes inversent l'image. Pour regarder le ciel, c'est sans conséquence. Seule la lunette de Galilée, avec une lentille divergente, donne une image droite, au prix d'un champ très réduit.

Faut-il un trépied ?

Oui, c'est presque indispensable. À dix fois le grossissement, les tremblements de la main sont eux aussi multipliés par dix. Un simple trépied d'appareil photo suffit pour commencer.